Les différences entre la Russie et l’Union Européenne subsistent à différents niveaux: culturels, politiques, économiques, législatifs, mais aussi sur les standards quant à la sécurité et la technologie. Cependant, entre les deux entités subsiste un facteur clé: la proximité territoriale. Cela contraint ces deux continents à se confronter pour instaurer un rapport de bienséance dans une optique commerciale et transnationale. Du coté de l’Europe, encore dépendante au niveau de son approvisionnement énergétique, elle n’en reste pas moins maitresse du jeu car elle influence le cadre international grâce aux aides “techniques” qu’elle apporte a bon nombre de pays extra-UE.

Au niveau du territoire, la Russie est un des plus grands continents de la planète et la moitié de son territoire est inhabité1. Au niveau énergétique notamment, il s’agit en termes économiques de la plus vaste réserve gazière du monde : estimée en 2014 à 47,800 Gm3 2, ce qui représente une augmentation par rapport à 2012. Seul, ce continent détient le 26, 6% des réserves mondiales de gaz. En 2014, le pays était encore un des plus grands producteurs d’hydrocarbures et de pétrole avec les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite 3. Derrière la Russie, nous retrouvons l’Iran, le Qatar et le Turkménistan. La majorité du gaz naturel russe (80%) est située dans la zone sibérienne (superficie vaste plus de 12,1 millions de km2 ; peuplée par plus de 30 millions de habitants).

Une des plus grandes entreprises russes, aujourd’hui présente dans le monde, est Gazprom : une société qu’on peut juger comme représentant les intérêts internes et externes du secteur énergétique de l’Etat russe. Gazprom est née en 1993 et
«possédait, en 2004, 60 % des réserves gazières de la Russie…elle assure près de 90% de la production…de la demande russe en électricité…elle possède le monopole sur 150 000 km du réseau gazier russe» 4. Si on analyse les données de FDI 5 (investissements directs à l’étranger) dans son ensemble, entre 2004 -2012, en Europe (27) et en Russie, on se rend compte combien les investissements et les capitaux ont augmenté. L’Europe est passé (avec une évolution de presque 19 %) de 3,015 millions d’euros à 15,934 millions d’euros (avec des diminutions entre 2007 et 2009 en raison des crises ukrainiennes). Dans la même période, la Russie a augmenté son investissement en Europe-27, passant de 801 mille euros à 6,443 millions d’euros (hausse du 12,5 %).

Ces informations géopolitiques et économiques nous font comprendre deux choses principalement: la première est l’intensification des mouvements entre les deux continents au niveau commercial; la deuxième concerne les intérêts des deux zones territoriales. Dans ce contexte, nous pouvons concevoir le contraste entre «interdépendance énergétique»6 et le concept plus connu de “dépendance énergétique” d’un continent (notamment la Russie) sur un autre (l’Europe).

En effet, les relations entre Europe et Russie se basent davantage sur une interdépendance asymétrique et que «varied over time and can be influenced by the actors, creating political and economic dynamics» 7. Ceci ne veut pas dire que la dépendance énergétique n’existe plus mais qu’elle est utilisée par les deux parties, au fur et à mesure des besoins et des opportunités, pour atteindre d’autres objectifs parallèles. Par exemple, la fin d’une dépendance énergétique peut justifier de nouveaux investissements dans d’autres projets (nationaux ou internationaux) ou des contrats à long terme pour assurer l’approvisionnement énergétique d’une part, et des revenus sûrs, d’autre part, l’Europe reste un marché certain pour la Russie, assurant par là une stabilité des échanges.

Formellement, les problèmes principaux au niveau commercial entre les deux systèmes sont les différentes réalisations des politiques et des réglementations sur le terrain, comme les règles sur la concurrence, le marché intérieur et le prix de vente aux consommateurs finaux, par exemple. C’est en théorie le cas du pipeline South Stream qui aurait dû partir de la Russie, passer au dessus de la mer morte et arriver directement en Bulgarie en évitant l’Ukraine. Ou encore le cas du refus de la Russie de signer la carte de l’énergie. Les pays européens ne peuvent pas accepter le monopole d’un secteur parce qu’il s’oppose aux règles européennes basées sur le libre marché ; mais il y a des exceptions comme on l’a vu. Dans le contexte énergétique international, beaucoup d’entreprises 8 des Etats membres préfèrent négocier d’une seule voix mais signer d’une seule main” 9. Dans ce cas, la vision de « mutual dependecy » 10 dans le cadre de l’interdépendance asymétrique est renforcée. Les acteurs institutionnels des deux continents doivent balancer les intérêts nationaux et les pouvoirs internationaux adverses. En terminant donc la politique étrangère n’est plus donc attachée aujourd’hui aux théories réalistes (essentiellement diplomatiques) où c’est seulement l’Etat qui configure ses stratégies mais bien a celles de l’interdépendances complexe.

Author:

Matteo M. Mannello

Contributor

Language: French

Sources

1  Russian Population Density Map 2010 – http://bit.ly/1JpWyXt
2 CIA, The world factbook, https://goo.gl/Sg1KJ9
3 Estimated U.S., Russia, and Saudi Arabia petroleum and natural gas production Source: U.S. Energy Information Administration, http://1.usa.gov/1yRRKBx
4 Samuele Furfari, Le Monde et l’Energie Enjeux géopolitiques 2. Les cartes en mains. Edition Technip, Paris 2007, ISBN: 978-2-7108-0887-9, ISSN : 1954-8958, 399 pages, p 103
5 EUROSTAT, Financial Direct investment stocks as % of GDP – FDI Income 2004-2012
6 Øistein Harsem, Dag Harald Claes. The interdependence of European- Russian energy relations, Energy Policy 59 (2013),784-791
7 Ibidem,p.785
8 Samuele Furfari, Op. cit pp107-108
9 Samuele Furfari, ibidem p 108
10 Josepf Samuel Nye, Understanding International Conflicts: an Introduction of to Theory and History, Person, New York 2009, ISBN: 0321472012, p.208